Les femmes à moto: fini le backseat!

On est en 2018. Une génération où la femme prend de plus en plus sa place dans différentes sphères de la société. Cependant, on dirait que le monde du moteur reste encore stigmatisé par rapport à la présence de la gent féminine. On ne se le cachera pas, ce n’est pas toujours facile d’être une fille sur deux roues. C’est un peu vivre le cliché de la fille attirée par les hommes à «bike», même si tu as ton propre bolide à 6 vitesses…

Nous sommes une nouvelle génération de femmes assumées qui tripent autant sur l’adrénaline, le sport et la vitesse que n’importe quel homme. On aime se sentir vivante, apprendre et grandir avec le monde de la moto. Pour certaines, c’est un défi, une passion, un mode de vie auquel on adhère totalement.

Ça suffit les préjugés, aujourd’hui j’ai envie que les choses bougent. J’ai envie de vous parler de ce que c’est une fille derrière un guidon de «bike». De ce que l’on vit, ce à travers quoi on doit passer, mais surtout, comment on se sent en tant que fille dans un monde où on a si peu de place. Attache ta tuque, il est temps qu’on brise nos chaînes!

Petite fille, gros «bike»…

« 600cc, c’est suffisant pour une fille, de toute façon tu n’as pas besoin de plus que ça toi! » Celle-là, on l’a tellement entendu, à s’en lasser profondément. Est-ce par complexe d’infériorité qu’on sous-estime la capacité d’une fille de conduire un gros moteur? Les « gros moteurs » sont souvent fabriqués trop haut et sont trop lourds pour les filles. Et la plupart du temps, on nous avise que de changer la hauteur de la moto en changera aussi sa performance et sa façon de réagir sur la route. De par ce fait, cela rend inaccessibles plusieurs types de motos.

Entre autres, BMW s1000rr et Yamaha R1 ou R6 sont les supersport aux selles les plus hautes. Quant à Suzuki Gsxr, elles sont bien conçues, rapport poids/hauteur pour une fille de grandeur standard. Quand on tombe dans le type sport touring, il n’y a aucun doute à avoir la plupart des motos sont conçues beaucoup trop hautes pour rien. Triumph, entre autres, et encore une fois BMW sont de celles qui remportent la palme des motos sport touring trop hautes. Et lorsqu’on parle de custom, on parle souvent de motos lourdes. Elles ne sont pas particulièrement hautes, mais leur poids impressionnant peut faire peur, on craint de l’échapper et de ne pas pouvoir la retenir. Harley Davidson entre autres et plusieurs motos de plus de 1200cc sont très lourdes!

⇒À lire aussi: L’incroyable histoire des Motor Maids of America

On ne peut pas se faire pousser des jambes et des bras pour pouvoir conduire toutes les sortes de «bikes» existantes, malheureusement. C’est désolant de voir que l’accessibilité à tous les types de motos n’est pas accessible de façon équitable tant pour les hommes que pour les femmes. Considérer la morphologie de la femme lors de la conception d’une moto pourrait, selon moi, amener au fabricant un nouveau type de clientèle.

Il y a aussi ces fameux types de motos qu’on associe typiquement aux femmes. « Ça, c’est un bike de femme » on l’a aussi trop entendu. Un «bike» de femme, ça n’existe pas. Oui, il y en a des plus petits que d’autres, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’un «bike de femme». On associe souvent les motos plus petites et moins puissantes à la femme. Ceci étant dit, plus les années passent, plus ces dernières s’affirment et vont chercher des motos plus puissantes, plus performantes et plus grosses!

Je crois que oui, en effet certaines motos ont été créées dans le but de répondre aux besoins d’une clientèle plus petite et plus délicate, mais au-delà de cela, je ne crois pas qu’un type de moto corresponde plus à un sexe qu’à un autre, seulement à certains besoins spécifiques.

La mécanique

Je trouve ça beau une femme qui fait de la mécanique, qui n’a pas peur de se salir les mains. Heureusement, c’est de plus en plus fréquent qu’une fille sache de quoi elle parle quand elle jase de mécanique.

Longtemps, les mécaniciens ont essayé de profiter du fait que les filles s’y connaissaient moins pour en abuser et monter les factures d’entretien mécanique. Quelques vendeurs et même des particuliers profitent parfois de la situation pour augmenter le prix de leur matériel en pensant que les filles ne s’y connaissent pas. Aujourd’hui, les circonstances évoluent tranquillement. Les filles aiment apprendre et s’informer sur le sujet. Plusieurs d’entre elles sont même capables de faire l’entretien de base de leur moto, et ce, sans aide.

Je crois qu’à partir du moment où tu possèdes une bébelle à toi, ton envie d’apprendre à l’entretenir vient avec. Connaître au minimum le fonctionnement de celle-ci et savoir quoi faire pour la garder en ordre sont des principes de base de toute bonne personne possédant un objet auquel elle tient profondément, dans ce cas-ci, on parle d’une moto. Le désir d’apprendre à en prendre soin vient avec la fierté d’en posséder une.

Le sport

On sent de plus en plus la présence féminine dans le monde de la moto professionnelle. On n’a qu’à penser à la magnifique Sarah Lezito et à ses cascades d’enfer ainsi qu’à Maria Costello, la pionnière des femmes dans le monde du GP. Par contre, c’est encore triste de voir qu’il y a encore si peu de femmes pratiquant les sports motorisés dont celui du monde de la moto.

Je ne sais pas s’il s’agit d’un manque d’intérêt de la femme de se fondre dans le décor du 2 roues ou si c’est simplement le cliché laissant croire que la fille n’est pas aussi bonne ou aussi téméraire que l’homme qui la rattrape. Pourtant, sur une moto, il n’est pas question de sexe. C’est une question de rapport de poids versus la performance. L’individu en soi, homme ou femme, n’est clairement pas évalué pour autre chose que son rendement.

Le monde du sport, peu importe le domaine, a toujours fait de l’ombre aux femmes. Autant à la télé que lors de la promotion de grands évènements, on se sert rarement de l’image de la femme pour vendre le sport. C’est donc sans surprises que l’on voit les femmes se désintéresser du sport, ne se sentant pas touchées ou impliquées.

L’équipement

J’ai beaucoup de difficulté en tant que fille, à trouver de l’équipement de moto qui me convient. Il est souvent trop court pour les manteaux, trop ajusté pour le pantalon, trop rose ou trop fleuri pour les gants, les bottes et les casques. Il n’est pas rare que je prenne mon équipement du côté des hommes. En effet, je trouve que celui des femmes est beaucoup trop stéréotypé comme quoi toutes les filles aiment les fleurs et le rose ainsi que les vêtements ajustés et sexy.

Je n’aime pas que mon manteau monte au milieu de mon dos quand je conduis, autant que je n’aime pas que l’on voie mes sous-vêtements quand je suis assise sur mon bolide. Question de sécurité, cela ne protège nullement mon corps en cas d’accident, en plus d’être esthétiquement associé à la «pitoune de bike». De plus, il n’est pas donné à toutes les femmes de pouvoir se payer un une-pièce ou encore d’entrer dedans et de se sentir à l’aise.

Je ne veux pas prôner le féminisme de la moto. Oui, c’est beau une femme sur une moto. Cependant, j’aimerais simplement essayer de faire comprendre aux compagnies de vêtements que c’est possible qu’une fille soit belle et sexy avec des vêtements sécuritaires et confortables! Et que le rose, les fleurs et les papillons, un moment donné… il y en a marre!

Le statut de «backseat»

Les «backseats» sont des femmes qui n’aiment pas nécessairement conduire, mais qui aiment le monde de la moto, l’ambiance, la liberté, la vie de «biker» et les paysages. C’est un tout. Être «backseat» n’est pas plus dégradant qu’être «biker». La fille qui conduit avec son copain ou son mari vit des moments inoubliables. Il existe maintenant des groupes, des pages et des communautés internet de regroupement de «bikers» qui acceptent l’inscription de «backseats».

Malheureusement, il n’est pas rare qu’on entende parler de femmes «backseats» ayant subi ou ayant vécu des expériences dérangeantes… Il s’agit souvent de femmes sans conjoint, qui ne désirent pas nécessairement aller chercher leurs permis, mais qui souhaitent rouler quand même. Elles font des demandes dans des groupes Facebook ou autre pour pouvoir rouler et en échange, elles sont victimes d’actes déplacés, de propositions indécentes ou de demandes d’échange de service vulgaires. Ces expériences négatives enlèvent l’envie aux femmes de poursuivre leur lancée dans le processus de, peut-être un jour, avoir leur propre moto en leur laissant un goût et une image amers de ce qu’est un «biker».

Une femme qui a la flamme et la passion de la moto, qu’elle soit au volant ou passagère, demeure une femme au coeur de «bikeuse» et mérite autant de respect que quiconque! Ce n’est pas sexuel la moto.

Les «backseats» détestent entendre que c’est parce qu’elles ont peur de conduire. Je crois simplement que la passion de la moto se vit de différentes façons. Pourvu qu’elles s’amusent lorsqu’elles sont sur une moto, qu’elles soient assises devant ou derrière, cela n’a pas d’importance. C’est ça, le respect de la vraie famille de motards!

Les mauvaises expériences d’apprenti

Les apprentis comme les «backseats» ont besoin d’accompagnement pour pouvoir profiter de leur passion au maximum. C’est ridicule de voir les commentaires déplacés qui peuvent apparaitre sur une demande d’accompagnement d’apprenti lorsque celle-ci vient d’une fille. La vulnérabilité des apprentis les rend sujet à vivre des aventures qui ne sont pas toujours plaisantes, un peu comme celles des «backseats».

Les apprentis ont besoin d’un entrainement sérieux pour leur permettre d’atteindre leur but: obtenir leur permis de conduire. Chez les accompagnateurs on y retrouve fréquemment des personnes qui profiteront de ce statut pour créer un rapport de rapprochement qui n’est vraiment pas nécessaire.

Par l’accompagnement, on veut transmettre la passion de la moto, les bonnes valeurs et les bons enseignements. Les femmes qui débutent n’ont pas besoin de se faire dire qu’elles roulent moins vite ou moins bien qu’un gars. Qu’elles sont plus frileuses ou peureuses que les gars. Elles ont besoin de ressentir qu’elles sont encouragées, acceptées et qu’on leur enseigne d’égal à égal, sans arrière-pensées.

En conclusion, malgré le fait qu’on ait le courage de rouler, qu’on essaie tant bien que mal de s’immiscer dans le monde de la moto, il restera toujours quelque part quelqu’un qui aura des préjugés envers notre présence sur la route.

On ne roule pas moins vite ni moins bien. On n’est pas moins téméraire. On n’est pas des poupées à caractère sexuel et on ne veut pas vendre notre corps en échange d’une «ride». On a la passion, le feu. On veut transmettre la flamme aux générations futures de jeunes filles qui voudront faire partie de cette grande famille de «bikers».

On veut vivre la vie de motard à fond et sans limites. Oui, on est des femmes et oui on tripe sur 2 roues. En supersport, en custom, en sport touring ou en motocross, c’est une question de passion et de famille. La moto, ce n’est pas une guerre de sexe.

La Coyote
xxx

Les femmes à moto: fini le backseat!
7.7Note Finale
Note des lecteurs: (33 Votes)
7.7

3 Réponses

  1. Robert

    Tres beau texte et je suis d’accord avec toi.Je suis président d’un club de moto et les femmes ont les mêmes obligations et privilégies que les hommes.Ont est tous égales.Et cet le respect avant tout merci et bonne continuation.

    Répondre
  2. Jo-Ann Campeau

    je conduit ma moto depuis 2005 avec en moyenne 20,000 km par année. Je suis une des moins expérimenter dans mon groupe et celle qui fait le moins de klm. Nous sommes une gagne de grand mères a moto qui avons du fun, pas de club ni de `Patch« . J’ai déjà fait partie d’un club de moto américaine mais j’ai pas aimé l’expérience. Trop de `Wanta be« hells Angel pis pas assied de sérieux motard. Il savais comment petter de burn dans leurs cour arrière et écoeuré le monde avec leur straight pipe mais rouler plus qu’une 30 min. en ligne c’était trop fatiguant. Dans mon groupe on roule pour rouler et visiter et surtout pour avoir du fun. De temps en temps les hommes nous accompagne et sa aussi on aime sa.

    Répondre
  3. Louise Paradis

    Très bon texte…je suis une ancienne backseat et je conduit ma moto depuis environ 20 ans….
    Ma passion est toujours la même…Quand j’ai suivie mon cour de moto, le professeur me disait que nous les filles nous voulions toujours avoir plus gros comme moto…Quand j’ai fait mon cour j’avais une 1340 et ca fait 20 ans que je l’ai….
    Comment voulez vous que les filles soit reconnu si même un prof. ne conseille pas une grosse moto parce-que tu est une FILLE.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

X